Les femmes atteintes d’hypercholestérolémie familiale subissent un risque cardiovasculaire plus élevé
L’hypercholestérolémie familiale expose les femmes à des défis uniques tout au long de leur vie, augmentant leur risque de maladies cardiovasculaires. Dès la naissance, les filles atteintes de cette maladie génétique présentent des taux de cholestérol LDL plus élevés que les garçons, et cette différence s’accentue avec l’âge. À 19 ans, les femmes ont déjà accumulé un fardeau en cholestérol LDL bien supérieur à celui des hommes, ce qui les expose davantage à des complications comme l’athérosclérose.
Le diagnostic intervient souvent plus tard chez les femmes, avec un retard de 3 à 7 ans par rapport aux hommes. Cette situation aggrave leur exposition prolongée à un taux élevé de cholestérol LDL, un facteur clé dans le développement des maladies cardiaques. De plus, les traitements pour réduire ce cholestérol sont moins fréquemment prescrits aux femmes, qui ont également 37 % de chances en moins d’atteindre les objectifs thérapeutiques recommandés.
La période de procréation représente une phase particulièrement vulnérable. Les traitements hypolipémiants sont généralement interrompus avant la grossesse, pendant celle-ci et durant l’allaitement, entraînant une perte moyenne de 2,3 années de traitement par statines pour chaque femme. Certaines peuvent même cumuler jusqu’à 14 ans sans traitement, ce qui équivaut à une réduction de 20 % des années de protection offertes par les statines sur toute une vie. Pendant la grossesse, le taux de cholestérol LDL augmente naturellement de 30 à 50 %, mais chez les femmes atteintes d’hypercholestérolémie familiale, il peut atteindre des niveaux extrêmes, dépassant parfois 8 ou 9 mmol/L. Cette hausse, combinée à l’arrêt des médicaments, expose les femmes à des périodes prolongées de taux de cholestérol non contrôlés.
La ménopause marque une autre étape critique. Les taux de cholestérol LDL augmentent en moyenne de 12 % pendant cette transition, avec une hausse encore plus marquée chez les femmes porteuses de la mutation responsable de l’hypercholestérolémie familiale. Après 50 ans, leurs taux de cholestérol LDL deviennent en moyenne 0,6 mmol/L plus élevés que ceux des hommes, accélérant encore le risque de maladies cardiovasculaires.
Malgré ces défis, les femmes atteintes de cette maladie développent moins de maladies coronariennes que les hommes, même si leur risque relatif par rapport à la population féminine générale reste plus élevé. Par exemple, leur risque de mortalité coronarienne excède de 50 % celui des hommes atteints de la même maladie, comparé à la population générale. Cela s’explique par leur exposition cumulée plus importante au cholestérol LDL, due à un diagnostic tardif, des traitements moins intensifs et des interruptions thérapeutiques pendant les années de reproduction.
Les traitements disponibles, comme les statines, l’ézétimibe ou les inhibiteurs de PCSK9, permettent de réduire significativement le cholestérol LDL. Pourtant, les femmes reçoivent moins souvent ces traitements ou des combinaisons de médicaments. Pendant la grossesse, les options se limitent à l’aphérèse des lipoprotéines ou aux séquestrants des acides biliaires, des solutions moins accessibles ou moins efficaces. Bien que les statines soient généralement déconseillées pendant la grossesse, des études récentes suggèrent qu’elles pourraient être envisagées après le premier trimestre pour les femmes à très haut risque, sous réserve d’une décision partagée avec le médecin.
Les facteurs de risque traditionnels, comme l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension ou le tabagisme, aggravent encore ce tableau. L’hypertension, en particulier, augmente davantage le risque de maladies cardiovasculaires précoces chez les femmes que chez les hommes. Pourtant, les femmes restent moins susceptibles de développer un diabète de type 2, même si l’obésité multiplie par cinq ce risque.
En résumé, les femmes atteintes d’hypercholestérolémie familiale subissent un fardeau plus lourd en raison de particularités biologiques, de retards diagnostiques et de traitements moins adaptés. Leur risque cardiovasculaire, bien que moins élevé en valeur absolue que celui des hommes, reste disproportionné par rapport à la population féminine générale.
À propos de nos sources
Publication originale
DOI : https://doi.org/10.1007/s11883-026-01431-1
Titre : Familial Hypercholesterolemia in Women: Diagnosis, Treatment, and Cardiovascular Outcomes Across the Lifespan
Revue : Current Atherosclerosis Reports
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Irene Karungi; Kirsten B. Holven; Kausik K. Ray; Amany Elshorbagy